« Vivre, c’est accepter de mourir un jour ».

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Nous vivons dans une monde élitiste et ostentatoire qui ne laisse guère de place à ce qui ne peut pas être prouvé scientifiquement ou à être synonyme de gros billets. Tout doit être élucidé par des théories, des expériences sans que l’exception, le hasard ne puissent avoir une marge d’action. Nous crions au génie, nous scandons les avantages, les compétences des hauts diplômés, ceux-là qui ne répondrons sans doute à aucune de nos questions, nos attentes.

Je fais partie de ces personnes qui suivent des cours en université pour se qualifier dans un domaine sans avoir une réelle ambition, sans avoir le moindre projet professionnel. Histoire, droit, lettres, j’ai pensé à tous les cursus possible sans avoir de passion naissante, pour faire plaisir à papa et maman. Juste pour les rassurer, me rassurer moi-même, que je ne serai pas une ratée. Le problème voyez-vous, c’est que je suis une amoureuse de l’apprentissage. Tout ce qui m’apporte réellement n’est pas de me spécialiser dans un quelconque domaine, mais d’apprendre de nouvelles choses perpétuellement. Érudite de livres et autres bouquins moisis, je me surprends parfois à quémander le dernier best-seller à la mode pour me faire un avis dessus, souvent bien péjoratif, ou bien à lire les dernières thèses en neurobiologie. Je suis une touche à tout, une éternelle indécise. Peu de monde comprend ma philosophie de vie car selon eux, une vie harmonieuse ne se résume qu’à travailler pour économiser une somme considérable pour profiter de la vie une fois notre date de péremption dépassée. Mais cela ne change pas la finalité des êtres humains, tout le monde meurt un jour. Que l’on soit riche ou pauvre, nous finissons tous sous terre bien que le packaging, lui, change. Nous avons tous le même destin : celui de redevenir poussière.

Pourquoi suis-je partie sur cette terre isolée ? Je n’en sais strictement rien, j’avais besoin de découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles cultures, de nouveaux visages. Ceux de la boulangère, du commerçant chez lequel j’achète mes cigarettes, du voisin philosophiquement dérangé m’oppressaient : je commençai à étouffer, voir leur faciès empreints de détresse, de maladie ou d’ivresse me hantaient nuit et jour. J’avais envie de vide, de grands espaces inhabités dans lesquels je pourrais crier les pires insanités sans que personne ne puisse me regarder avec des grands yeux pleins de reproches. Je voulais expirer l’air de mes poumons encrassés par mes années de tabagisme et hurler à la face du monde tout le mépris accumulé durant toutes ces nuits d’insomnie où j’ai rongé les ongles de mes mains jusqu’au sang. Ici, rien ne compte à part ce que nous sommes réellement : c’est à dire des êtres totalement dépendants et minuscules. La nature nous domine, elle est intellectuelle, sage et puissante. Tout ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes rien.

J’ai marché durant des heures, ne suivant aucun chemin puisqu’il n’y en avait pas et non pas par simple désir de faire les choses différemment des autres. Il n’y avait pas de chemin pour traverser cette étendue de verdure, juste ma propre intuition, simplement mon instinct de survie. J’ai aimé vivre à l’état sauvage pendant ces quelques jours d’introspection. Je ne savais pas vraiment ce que je recherchais véritablement, je voulais juste fuir les matins monotones, les mélodies ternaires qui me donnaient des maux de tête à la fin de la journée. J’ai aimé marcher dans l’herbe humide, dans la boue, dans l’eau. Cette eau pure, ma seule compagnie, mon seul réconfort après des heures à vagabonder, le vent à la figure. C’est étrange ce sentiment de liberté alors que la vie nous quitte. Je n’avais jamais ressenti un tel bien-être avant que je ne me sente chuter et percuter la roche dure et froide.

C’est assez ironique vous ne trouvez pas ? Trouver la paix intérieure alors que la vie nous quitte. On comprend alors que rien n’a de sens, pas même la vie. Comme si la Mort était le moyen de fuir un quotidien blafard et sans aucun impact sur notre conscience. On croit savoir tellement de choses sur notre environnement, sur nous-même. Mais nous sommes des inconnus, nous ne savons rien de nous-même et nous ne connaitrons jamais rien. C’est ainsi que l’on trace notre chemin : dans l’ignorance la plus totale, dans le déni, et surtout, oui surtout, dans la peur de ne pas avoir existé pour les personnes avec lesquelles nous avons créé des liens. Nous avons peur d’être oublié, comme si la reconnaissance d’un public pourrait nous garantir une fin plus propre, plus digne.

Or, l’anonymat est quelque chose de bien précieux. Vous dire que j’aimai passer inaperçue serait un mensonge. Nous adorons les flatteries, par vanité, parce que la société nous construit ainsi : comme d’éternels quémandeurs d’attention. Malgré tout, je suis là, étalée sur le sol, le sourire aux lèvres alors que les corbeaux se rassemblent dans le ciel et tournent en rond au dessus de mon corps inerte, immobile.

Je ne sais pas par quel miracle je suis encore en vie. Les ecchymoses présents sur mon échine sont pourtant là pour prouver que je n’ai pas rêvé. J’étais bien sur le point de laisser la vie quitter mon échine. Pourquoi suis-je encore ici ?

Oeuvre protégée. © Chae-Rin.

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